Vue par Eva Prouteau, mai 2017

Mai 2017, Prague.

Une semaine à Bubahof, ça passe vite. Le lieu est atypique : île de béton insérée dans un paysage de façades d’immeubles sans qualité, Bubahof comprend à la fois un jardin, un lieu d’habitation, des ateliers de création et une résidence d’artiste naissante.
Les acteurs de cette communauté ont imaginé une utopie à leur échelle : l’imbrication étroite entre philosophie de vie et vision de l’art, dans un espace à la fois en marge de la ville et en pleine connexion avec elle. Ici vivent Dita et Céline, Benjamin et Baptiste, Clotilde. Seule Dita est tchèque.

Le jardin ressemble un peu à celui de Derek Jarman dans le Kent : un combat pour la survie, où le végétal doit chercher la lumière dans l’enclave minérale. Des meubles recyclés en jardinières, des bacs hors sol, quelques parterres entourés de fossiles ramenés de Normandie, d’où vient Céline, petits assemblages sentimentaux. Il y a même un fragment de pelouse et un potager ! Deux chattes dodues règnent sur les lieux, deux forces tranquilles qui ralentissent le tempo : Ceca et Buba, qui prête son nom à Bubahof.

On a beaucoup discuté. Et visité des expos de très bonne tenue : Gerhard Richter au Kinsky Palace et au Couvent Sainte-Agnès, Eberhard Havekost au Rudolfinum, et trois expos à Futura. Et puis d’autres rencontres : le soir où Hinda Weiss a projeté ses vidéos à Bubahof, une trentaine de personnes étaient présentes. Groupe 100% international, mêlant République tchèque, France, Pologne, Israël, Belgique…un bruissement d’échanges animés, autour des galettes de sarrazin préparées par l’artiste Anne-Claire Barriga, qui elle aussi est partie prenante de Bubahof.

Dans la ville on se sent bien. Niveau de stress très bas. Les gens bougent doucement dans l’espace, ils parlent doucement aussi. Le métro est beau, le tramway a des allures vintage et sci-fi, les cimetières ont une portée mélancolique incroyable, et l’architecture accroche l’œil à chaque coin de rue. La Vltava respire comme la Loire. On a gravi des collines. On a bu des bières. Céline est une guide hors-pair.

J’ai adoré les quelques cafés praguois que j’ai croisés sur ma route. J’aurais bien traîné dans ces endroits que les habitants fréquentent assidûment, à grand renfort de pintes ou de limonades maisons délicieuses, ces lieux que Peter Weibel appelle « les lieux illégitimes de l’art ». Mais Bubahof a rempli cet office à sa manière : c’est un espace où on crée des objets, mais aussi des relations. Un endroit où se sentir vivant.

Je rêve de revenir.

Eva