Mélissa Mérinos, artiste en résidence

Résidence Bubahof / MeetFactory
01.07 — 30.09.2019

Exposition personnelle
50°32’07.1’’N 14°48’01.9’’E 
Galerie 35, Institut Français, Prague
5. 11. — 11. 12. 2019

10 Septembre 2019
Centre de rétention administrative, Bělá-Jezová
Bělá pod Bezdězem, République Tchèque
Notes de terrain

Une longue route à travers la forêt.
Les hauts arbres donnent un sentiment de vertige, de regard surplombant.

Arrivée à ZZC Bělá – Jezová. Concentration aigüe.
Je reconnais la route et les fragments de bâtiments à travers les arbres que j’ai déjà vus virtuellement. Le bâtiment d’accueil a été repeint en jaune donnant l’impression d’un accueil chaleureux.
Un homme fume en me regardant, je pense qu’il vit ici.
Premier control d’identité par une compagnie privée.
Sourire. «Dobry den!» Gilet jaune. Distribution des badges.
L’entrée se fait par un tourniquet activé par le badge.
Panneau : les armes sont interdites, les drogues sont interdites, les photographies sont interdites, les caméras sont interdites, l’alcool est interdit et je ne me souviens plus du reste.

Un couple fait des allers-retours dans l’allée avec leur poussette.
Chemin de terre bordé d’arbres infiniment grands dont les troncs sont nus. Le feuillage n’apparait qu’en hauteur et filtre la lumière. Aperçus furtifs du ciel. La famille semble engloutie par le paysage. Ils peuvent circuler, je pense qu’ils vivent dans la partie résidence des demandeurs et demandeuses d’asile.

Nous sommes escortés.
Deuxième contrôle pour passer dans la zone de détention. Contrôle par la police. L’atmosphère n’est pas tendue, le personnel est souriant – peut-être pas la policière.
Contrôle des sacs, dépôt des téléphones. Badge. Entrée.

Portes de prison, dessins d’enfants sur les murs. Nous ressortons pour rejoindre un autre bâtiment. Chaque parcelle a ses propres clôtures.
Un terrain de jeu pour enfant. Un terrain de basket. Des bâtiments d’habitation.
Depuis que le camp a été divisé en deux parties pour accueillir également un centre d’accueil pour les demandeurs et demandeuses d’asile, l’administration a repeint les clôtures en vert pour se fondre dans la forêt et donner un semblant de liberté. Les clôtures et les barbelés sont restés tel quel du côté prison.

Paysage de trame, le regard ne peut pas s’échapper à travers le labyrinthe de grille. Sentiment de vertige de nouveau entre l’élévation de la forêt et ces grilles qui nous tiennent fermement à terre.
Sommes-nous élevés ou écrasés?

Nous sommes escortés partout où nous allons. Toujours par une femme gaie et enthousiaste, souriante. Nous franchissons la dernière grille de sécurité et arrivons dans un jardin très bien entretenu avec quelques créations à partir de matériaux de récupération. Un autre jeune homme fume en nous regardant.

Intérieur du bâtiment. Couloir aux portes roses. Ici, contrairement aux deux autres centre de détention, on y accueille les femmes et les familles, les hommes font partis des familles. Les retenu.es circulent librement dans le bâtiment.

Les personnes ont l’air fatiguées, sont en tenue décontractée, entre le pyjama et la tenue de sport. Je ne sais pas s’ils peuvent réellement prendre soin d’eux ici. Ou s’ils en ont l’envie. Problème de langue, manque de traduction, Google fera l’affaire.

On voit les arbres depuis la fenêtre, il n’y a pas de barreaux.

Une famille entière est enfermée. L’image de la jeune fille seule dans le bureau cherchant le bon document concernant sa détention dans son dossier marque mon esprit. À 19 ans j’avais d’autres préoccupations. Elle vient d’Ukraine et était venue pour travailler en République Tchèque.

Permanence des travailleurs sociaux. Tous les jours.
Permanence charité (vêtements/dons). Une fois par jour.
Permanence des avocats. Tous les mardis matins.

Une autre jeune fille était venue pour travailler. Elle parle un peu anglais et m’explique qu’elle ne trouve pas ce lieu particulièrement stressant. Elle a perdu sa mère à l’âge de 9 ans, ça c’était stressant. Ici ça va. Elle est enfermée depuis deux semaines et a fait une demande de départ volontaire. Elle repart demain en Ukraine. Le gouvernement tchèque lui a interdit de revenir sur le territoire pendant un an, et la police lui a donné une interdiction de revenir dans l’espace Schengen pendant 4 ans. Mais avec son départ volontaire, cette dernière décision va être annulée.

Mélissa Mérinos

Education
2013 – Bachelor in Cultural Mediation at Paris 3-Sorbonne Nouvelle University, Paris (FR)
2018 – Master in Art at the Fine Art School ésam Caen/Cherbourg, Caen (FR)

Exhibitions
2019 – 50°32’07.1’’N 14°48’01.9’’E, Intitut Français, Prague
2019 – Lande: the Calais ‘Jungle’ and Beyond, Pitt Rivers Museum, Oxford, UK
2019 – Impossible n’est rien, Normandy Regional Council, Rouen, France
2016 – 26th International Istanbul Art Fair, Tüyap, Istanbul, Turkey

Un partenariat entre la MeetFactoryEsam Caen/Cherbourg et l’Institut Français à Prague