Mélissa Mérinos, artiste en résidence

Résidence Bubahof / MeetFactory

01.07 — 30.09.2019

Un premier atelier photo en milieu carcéral a été l’élément déclencheur. Face à la vulnérabilité de la population marginalisée et invisibilisée ainsi qu’aux conditions de vie épouvantables, je me suis posée les premières questions de mon champ d’action en tant qu’artiste. Se succéda ensuite d’autres ateliers en détention nourrissant une réflexion militante qui déboucha sur la situation des personnes réfugiées et migrantes à Calais. Vaste terrain en friche et ancienne décharge publique, la lande était le lieu choisi par la préfecture pour accomplir, à l’abri des regards, son devoir « d’hospitalité ». Ma réaction face à cette situation d’urgence a d’abord été de me déplacer, d’être sur place pour voir, me rendre compte, comprendre, et aider un peu. La nécessité de documenter est arrivée dans un second temps et affirma mon langage à travers la photographie et l’écrit. C’est également la formation d’une pratique de terrain (territoire) au sens dont l’historien et critique d’art JF. Chevrier l’entend. Ces nouvelles rencontres ainsi que les situations acerbes aux frontières européennes m’ont amené à réaliser mon année d’échange à Istanbul en Turquie. Je suis partie, outils en main, dans l’intention d’être témoin d’une situation préoccupante (état de guerre selon les médias) qui influence directement les récits des arrivants et arrivantes à Calais. La question des formes documentaires dans mon travail plastique et les frontières épineuses avec le photojournalisme émergent durant cette expérience.

De la fiction à la revendication de ma subjectivité en passant par la prise de position, je ressens une responsabilité de se saisir de cette liberté d’expression pour complexifier le réel par la pluralité des points de vue. Il est toujours plus facile d’analyser une image d’une situation ou d’un lieu (généralement donnée par les médias de masse); en revanche analyser des points de vue paradoxaux d’une même situation demande plus d’efforts. Lorsque je prends une photo ou dessine ce que je vois, j’essaie toujours de me rappeler que je ne cherche pas la vérité, et c’est une grande différence par rapport aux objectifs journalistiques. Je veux poser des questions, pas y répondre. C’est ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti et c’est réel.

La pratique sur le terrain est aussi importante que la pratique artistique. L’occasion de faire des observations rapprochées, de rencontrer des gens, de parler et de boire un café, de partager le temps, d’attendre et d’attendre encore avec eux pour comprendre bien. Le temps est très important dans mon travail. Je dois être sur place, être intégrée et observer ce qui se passe réellement; une apologie de la lenteur contre le rythme incessant capitaliste!

La République tchèque occupe une position géographique particulière en Europe et fait partie du groupe Visegrád avec la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie, qui refuse notamment les quotas d’accueil des réfugiés imposés par Bruxelles. Cette première recherche rapide est un fil que je voudrais tirer tout au long de la résidence.

M.M., avril 2019

Education

2013 – Bachelor in Cultural Mediation at Paris 3-Sorbonne Nouvelle University, Paris (FR)
2018 – Master in Art at the Fine Art School ésam Caen/Cherbourg, Caen (FR)

Exhibitions

2019 – Lande: the Calais ‘Jungle’ and Beyond, Pitt Rivers Museum, Oxford, UK
2019 – Impossible n’est rien, Normandy Regional Council, Rouen, France
2016 – 26th International Istanbul Art Fair, Tüyap, Istanbul, Turkey

Un partenariat entre la MeetFactory et Esam Caen/Cherbourg